Sahaza Marline R.

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Un blog. Du vécu. Des pistes.

Peut-on protéger son style artistique ? La vraie question que (presque) personne ne pose
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Peut-on protéger son style artistique ? La vraie question que (presque) personne ne pose

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On passe des années à affiner un coup de crayon reconnaissable entre mille, une manière de chanter qui fait frissonner, un ton unique qui sonne comme une signature... et un jour, quelqu’un débarque avec une "œuvre" qui ressemble étrangement à la vôtre. Copie ou coïncidence ? Et surtout, est-ce qu’on peut faire quelque chose ? Spoiler : c’est compliqué. Mais pas impossible.

Ce que le droit protège (vraiment)

On va être clairs : le droit d’auteur ne protège pas un style. Pas plus qu’il ne protège une ambiance, une vibe ou une tendance. Ce qu’il protège, c’est l’œuvre concrète — un dessin précis, une chanson enregistrée, une illustration, un roman… Bref, quelque chose de fixé, original et identifiable.

Donc non, tu ne peux pas déposer “le style semi-réaliste avec ombres douces et yeux brillants façon manga doux mais dramatique”. Ce serait trop beau.

Et le style alors ? On fait comment ?

Le style, c’est comme ton parfum naturel : il est à toi, mais il flotte dans l’air. Tout le monde peut en être inspiré, personne ne peut te le piquer officiellement. Sauf si cette inspiration se transforme en copie manifeste, là où le public ne fait plus la différence entre l’original et le copieur. Et là, tu peux attaquer pour contrefaçon ou concurrence déloyale. Mais encore faut-il prouver que la confusion est volontaire et nuisible.

Mais les chanteurs alors ? Leur voix ?

Ah, la voix... Elle aussi, n’est pas protégée par défaut. Ce qui est protégé, c’est l’enregistrement de la performance vocale. Donc tu peux t’opposer à l’utilisation de ta voix enregistrée dans une pub, mais pas empêcher quelqu’un de “chanter comme toi”.

Cela dit, il y a des précédents légaux : imiter trop bien une voix célèbre dans un but commercial peut être considéré comme une tromperie envers le public. Le droit à l’image vocale existe dans certains pays — et certains artistes (Johnny, Claude François, etc.) ont gagné leurs procès. Parce que non, ce n’était pas “juste un hommage”.

Et maintenant, l’IA entre dans la danse (ou le scandale)

Avec l’intelligence artificielle, le débat change de dimension. Aujourd’hui, des IA peuvent générer des images ou des sons dans ton style, ton univers, ton énergie. Et ce, sans te connaître, sans te citer, sans te consulter. Pas par méchanceté — juste parce que le modèle a appris, mathématiquement, en te croisant quelque part sur Internet.

Mais attention : ce n’est pas l’IA qui est en tort. Ce sont ceux qui l’utilisent sans conscience, sans respect, sans réflexion. Une IA ne décide pas d’imiter ton style. C’est le prompt qui lui dit de le faire.

Et ce prompt, il ne sort pas de nulle part. Il vient d’un humain. D’un choix. D’une intention. Alors, à mesure que les IA deviennent capables de tout, le vrai pouvoir revient au créateur du prompt. Et donc, la vraie responsabilité aussi.

Ce qu’on peut faire pour protéger son identité artistique

  • Dépose ton nom de scène ou ton logo comme une marque. C’est légalement défendable.
  • Crée un univers cohérent et reconnaissable. Plus ton style est lié à ta signature personnelle, plus tu rends la copie risquée (et facilement repérable).
  • Archive tes œuvres avec date et preuve de création (par exemple avec un copyright auto-délivré ou une blockchain artistique).
  • Expose publiquement ton style (expos, réseaux, médias). Plus tu es visible, plus l’opinion publique peut être de ton côté en cas de plagiat évident.
  • Et surtout : sensibilise ceux qui utilisent les IA. Dis-le haut et fort : s’inspirer, oui. Reproduire sans respect, non.

Conclusion

Non, tu ne peux pas breveter ta manière de dessiner ou ta façon de chanter. Et maintenant, tu dois aussi te méfier des machines. Parce que ce que l’humain hésitait à copier, l’IA peut le générer à la chaîne. Pas pour te voler — mais parce que quelqu’un lui a demandé de le faire.

Alors aujourd’hui, ce n’est plus seulement ton style que tu dois protéger. C’est ta présence, ta voix, ta visibilité, et ton message.

Parce que dans cet âge nouveau, ce n’est plus l’IA qui crée — c’est le prompt qui oriente. Et l’humain derrière le prompt qui est responsable.

Ton style est unique. Personne ne devrait pouvoir l’exploiter sans conscience. Et ça commence par toi. Affirme-le, partage-le, revendique-le. C’est le seul moyen pour qu’il soit respecté.

Zosahaza Marline R.

À propos de l'auteur

Référent expert en numérique, mentor engagé et explorateur d’idées utiles. J’écris pour celles et ceux qui veulent comprendre, créer, et transformer.

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